Steffen et al., Planetary boundaries: guiding human development on a changing planet (2015)
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STEFFEN, Will, RICHARDSON, Katherine, ROCKSTRÖM, Johan, CORNELL, Sarah E., FETZER, Ingo, BENNETT, Elena M., BIGGS, Reinette, CARPENTER, Stephen R., DE VRIES, Wim, DE WIT, Cynthia A., FOLKE, Carl, GERTEN, Dieter, HEINKE, Jens, MACE, Georgina M., PERSSON, Linn M., RAMANATHAN, Veerabhadran, REYERS, Belinda et SÖRLIN, Sverker, 2015. Planetary boundaries: guiding human development on a changing planet. Science, vol. 347, n° 6223, art. 1259855. DOI : 10.1126/science.1259855.
La thèse
Cet article est la première mise à jour majeure du cadre des limites planétaires proposé par Rockström et al. (2009). Six ans après l'article fondateur, une équipe de dix-huit chercheurs affiliés au Stockholm Resilience Centre et à plusieurs instituts partenaires affine les indicateurs, révise les seuils et propose une hiérarchisation des limites absente de la version initiale. La contribution la plus importante de cette mise à jour est de distinguer, parmi les 9 processus régulés, deux limites qualifiées de centrales.
Steffen et al., 2015, Science, vol. 347, art. 1259855, abstract "Anthropogenic perturbation levels of four of the ES processes/features (climate change, biosphere integrity, biogeochemical flows, and land-system change) exceed the proposed PB."
%%Verbatim de l'abstract, accessible en libre accès sur science.org%%
Quatre limites sont estimées franchies en 2015 (contre 3 en 2009) : le changement climatique, l'intégrité de la biosphère, les flux biogéochimiques (azote et phosphore) et le changement d'affectation des terres.
La hiérarchisation des limites
La nouveauté conceptuelle la plus importante est la distinction entre deux limites centrales et les autres. Le changement climatique et l'intégrité de la biosphère sont identifiés comme les deux processus dont la transgression profonde pourrait à elle seule déstabiliser l'ensemble du système terrestre, indépendamment de l'état des autres limites. Les auteurs parlent de « core planetary boundaries » pour les distinguer des 7 autres.
Cette hiérarchisation repose sur le concept de tipping points (points de bascule) : certains processus, au-delà d'un seuil critique, entraînent des transitions abruptes et difficilement réversibles. La fonte des glaces polaires et la dégradation du permafrost, par exemple, libèrent du méthane qui accélère le changement climatique, qui à son tour accélère la fonte. Ce type de boucle de rétroaction rend certains dépassements irréversibles à l'échelle humaine.
Ce que la mise à jour apporte sur l'eau
La limite relative à l'utilisation de l'eau douce reste, dans cette version de 2015, mesurée par les seuls prélèvements en eau bleue et n'est pas encore estimée franchie. L'article en discute cependant les incertitudes : les données de prélèvements à l'échelle régionale sont moins fiables que les données globales, et des bassins versants locaux peuvent être en état critique même si la moyenne planétaire reste dans l'espace de sécurité. Cette limitation sera levée par Wang-Erlandsson et al. (2022), qui étendent la limite à l'eau verte et concluent à un dépassement.
L'article actualise aussi la limite relative au changement d'affectation des terres, en soulignant que la déforestation et l'imperméabilisation des sols ont des effets directs sur les bilans hydrologiques régionaux. Ce lien entre usage des terres et régime de l'eau est l'argument physique central de la désimperméabilisation et de la gestion à la source.
Idées clés
La hiérarchisation des limites clarifie les priorités politiques : les deux limites centrales (climat et biodiversité) commandent des politiques transversales qui ne peuvent pas être découpées par secteur. La politique de l'eau, en particulier, ne peut pas ignorer ses interactions avec ces deux limites, puisque le régime hydrique dépend du couvert végétal (biodiversité) et du régime climatique (température, précipitations, évapotranspiration).
L'article introduit aussi la notion d'espace de fonctionnement sûr et juste, reprise et développée par Kate Raworth dans son modèle du donut (2012, 2017) : le cadre des limites planétaires définit un plafond écologique, mais il ne dit rien des droits d'accès à ces ressources ni de la répartition des efforts. Cette lacune politique est ce que la note Limites planétaires développe dans sa section discussion.
Ce que la source apporte
L'article de Steffen et al. (2015) est la référence standard pour citer les limites planétaires dans leur version mise à jour, avant la révision de 2023. Il affine le diagnostic de 2009, propose une hiérarchisation qui renforce l'argument d'une politique intégrée eau-sol-climat, et fournit le contexte dans lequel Wang-Erlandsson et al. (2022) vont réviser la limite eau douce. Pour HydroLooney, c'est le maillon manquant entre le cadre fondateur de Rockström et al. (2009) et la mise à jour de Richardson et al. (2023).