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Repères

Ostrom, Governing the Commons (1990)

3 minutes de lecture

OSTROM, Elinor, 1990. Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action. Cambridge : Cambridge University Press, 280 p. ISBN 978-0-521-40599-7. Traduction française : La Gouvernance des biens communs. Bruxelles : De Boeck, 2010.

La thèse

Elinor Ostrom part d'un problème posé par Garrett Hardin en 1968 : une ressource ouverte à tous, n'appartenant à personne, serait fatalement surexploitée, chaque usager ayant intérêt à maximiser son prélèvement même si l'ensemble des usagers détruit ainsi la ressource. Hardin en tirait une conclusion binaire : il faut privatiser la ressource ou la confier à l'État. Ostrom réfute cette dichotomie par l'empirisme. Sur plusieurs décennies, elle a étudié des systèmes d'irrigation au Japon, en Espagne et aux Philippines, des pêcheries en Turquie et en Nouvelle-Écosse, des pâturages alpins en Suisse, des forêts communales au Japon. Dans tous ces cas, des communautés d'usagers gèrent durablement une ressource partagée sans la privatiser ni la déléguer à un État, grâce à des règles qu'elles se sont données et qu'elles font respecter elles-mêmes.

De cette accumulation d'études de cas, Ostrom tire 8 principes de conception institutionnelle qui caractérisent les systèmes durables : délimitation claire de la ressource et des ayants droit, adaptation des règles aux conditions locales, participation des usagers à la modification des règles, surveillance effective, sanctions graduées, mécanismes de résolution des conflits, reconnaissance externe du droit à s'organiser, et, pour les systèmes complexes, une organisation à plusieurs niveaux emboîtés (polycentrisme).

Idées clés

La réfutation de Hardin par les faits. La « tragédie des communs » de Hardin suppose des usagers isolés, sans communication ni convention entre eux. Ostrom montre que c'est précisément le cas qu'elle n'a jamais observé dans les systèmes durables : partout où les ressources ont persisté, les usagers avaient développé des formes de communication, des règles collectives et des mécanismes de contrôle. La tragédie n'est pas la loi des communs mais la conséquence d'une situation d'absence d'institution, qui n'est pas la situation normale.

La ressource commune, une catégorie économique précise. Ostrom définit les ressources communes (common-pool resources) par deux propriétés : la rivalité des usages (ce qu'un usager prélève n'est plus disponible pour les autres) et la difficulté d'exclusion (il est coûteux ou impossible d'empêcher un tiers d'y accéder). L'eau en relève naturellement, qu'il s'agisse d'une nappe, d'un cours d'eau ou d'un système d'irrigation.

Huit principes de durabilité institutionnelle. Les systèmes qui ont survécu présentent tous, à des degrés divers, les mêmes propriétés : des règles adaptées au contexte local, une participation effective des usagers à leur élaboration, des mécanismes de surveillance par des membres de la communauté, et une reconnaissance externe de la légitimité à s'autogouverner. Ces principes ne sont pas une recette mais un cadre de diagnostic.

La distinction avec l'approche politique du commun. Ostrom raisonne en termes d'efficacité institutionnelle : à quelles conditions une ressource est-elle gérée durablement ? Son common-pool resource reste une catégorie économique. La question qu'elle pose est celle du « comment gérer » une ressource déjà reconnue comme partagée, non celle du « pourquoi et par qui instituer » quelque chose en commun. Ce déplacement, plus politique, est celui que Dardot et Laval opèrent dans Commun, pas bien commun.

Ce que la source apporte

Governing the Commons est la démonstration empirique la plus solide que l'alternative « privatisation ou État » est fausse. Pour penser la gestion de l'eau, c'est un appui décisif : des communautés peuvent gérer durablement une ressource partagée si elles disposent de règles adaptées, d'une capacité à les faire respecter et d'une reconnaissance de leur légitimité à le faire. La régie publique, les syndicats d'irrigation et les associations de riverains héritent de cette tradition longue. L'ouvrage donne aussi la boîte à outils pour évaluer la robustesse d'un système de gestion collective : les 8 principes sont un diagnostic, non un idéal abstrait.

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