Joly et al. 2010 : Les types de climats en France, une construction spatiale
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JOLY, Daniel, BROSSARD, Thierry, CARDOT, Hervé, CAVAILHÈS, Jean, HILAL, Mohamed et WAVRESKY, Pierre, 2010. Les types de climats en France, une construction spatiale. Cybergeo : European Journal of Geography, document 501. DOI : 10.4000/cybergeo.23155. Accès libre ; cartes et couches SIG téléchargeables depuis la revue.
La thèse
C'est la caractérisation de référence des climats de la France métropolitaine à l'échelle communale, celle qui rend le mieux la nuance du territoire. À partir de 14 variables de pluie et de température couvrant trente ans, 1971-2000, interpolées en continu, les auteurs identifient huit types climatiques et cartographient leur distribution probable plutôt qu'une partition tranchée, ce qui donne à voir les transitions au lieu de les figer en frontières. C'est cette lecture, la plus discriminante disponible pour la France, que retient le carnet pour montrer le carrefour climatique français dans Les zones climatiques de la France.
Joly et al., 2010, résumé « Le climat est un élément important de la vie des territoires car il conditionne le comportement et les décisions des individus et des groupes sociaux comme celui de l'ensemble des espèces vivantes et des écosystèmes. »
La méthode
Les données réunissent 2 031 stations pluviométriques et 651 stations thermométriques de Météo-France, dont sont tirées 14 variables, huit de précipitations et six de température, sur la normale trentenaire 1971-2000. L'interpolation ne suit pas un krigeage ordinaire à variance stationnaire, mais une régression locale mise au point par les auteurs, mieux adaptée aux zones de gradient fort des massifs, restituée à 250 m de résolution. Sur ce socle, une analyse factorielle des correspondances, suivie d'une classification hiérarchique ascendante au critère de Ward sur les premiers axes, dégage les huit types. Un traitement probabiliste vient ensuite nuancer la partition stricte, en restituant pour chaque type son espace de distribution potentielle.
Joly et al., 2010, résumé « Un traitement complémentaire faisant appel aux probabilités permet de restituer l'espace de distribution potentielle de chacun des types et de nuancer la partition stricte tirée de la classification. »
Ce caractère probabiliste est plus honnête qu'une carte à frontières nettes, au prix d'une communication moins immédiate. Le résultat est disponible à l'échelle communale, avec un type attribué à chacune des 36 267 communes.
Les huit types et leur logique
Le gradient dominant oppose l'influence océanique à l'ouest à l'influence continentale à l'est, croisé au sud par l'influence méditerranéenne, les massifs jouant partout un rôle de barrière qui redistribue les types sur de courtes distances. Le premier type, hyperocéanique à forte pluviométrie hivernale, couvre le Nord-Pas-de-Calais et la Bretagne ; le deuxième, océanique franc à régime régulier et peu intense, le Grand Ouest et le Centre ; le troisième, océanique à tendance sud et maximums printaniers, l'Aquitaine et Midi-Pyrénées. Le quatrième, à tendance continentale et étés plus secs, tient l'Alsace et la Lorraine. Les cinquième et sixième types sont montagnards, aux précipitations élevées, sur les grands massifs et les contreforts ouest du Massif central. Le septième décrit les plaines abritées du Centre-Est, Limagne et Forez, à tendance sèche. Le huitième porte la sécheresse estivale et les épisodes convectifs d'automne du domaine méditerranéen et de la Corse.
Ce que la source apporte
Pour lire la France elle-même, cette classification est la plus fine des typologies multivariées, et elle sert d'étalon national : Strohmenger et ses collègues la citent explicitement comme référence de validation de leurs propres résultats sur la période historique. Sa limite est l'envers de sa force. Étant propre à la France, aucun de ses huit types n'a d'équivalent dans une autre région du monde, et elle ne s'actualise pas en projection. Pour situer le pays dans les climats du globe et suivre leur déplacement, il faut passer par la classification internationale de Köppen-Geiger, à l'état présent avec Beck et al et en projection avec Strohmenger et al. Ce partage des rôles est celui qu'expose Pourquoi Köppen, et pas un autre.
Une source voisine complète ce paysage sur la seule pluviométrie, à un grain plus fin encore, le zonage de Champeaux et Tamburini en 51 classes.
Champeaux et Tamburini, 1996, La Météorologie, 8e série, n° 14 « La richesse de l'information réside surtout dans l'analyse de la matrice d'interdistances et dans l'étude des agrégations au niveau régional. »