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Repères

Costanza et al., The value of the world's ecosystem services and natural capital (1997)

3 minutes de lecture

COSTANZA, Robert, D'ARGE, Ralph, DE GROOT, Rudolf, FARBER, Stephen, GRASSO, Monica, HANNON, Bruce, LIMBURG, Karin, NAEEM, Shahid, O'NEILL, Robert V., PARUELO, Jose, RASKIN, Robert G., SUTTON, Paul et VAN DEN BELT, Marjan, 1997. The value of the world's ecosystem services and natural capital. Nature, vol. 387, n° 6630, p. 253-260. DOI : 10.1038/387253a0.

La thèse

En 1997, Robert Costanza et ses treize co-auteurs publient dans Nature une estimation qui va durablement marquer les débats sur l'environnement : la valeur annuelle des services que les écosystèmes de la planète rendent à l'humanité s'élèverait à environ 33 000 milliards de dollars de 1994, soit à l'époque près du double du produit intérieur brut mondial. Chaque hectare de zone humide, de forêt tropicale, d'estuaire ou de plateau continental se voit attribuer une valeur moyenne fondée sur une synthèse de la littérature existante. La démarche est explicitement construite pour mettre en évidence, sur le terrain politique et économique, le coût de la destruction des écosystèmes : si les services qu'ils rendent valent deux fois le PIB mondial, leur érosion représente une perte économique gigantesque que les systèmes de comptabilité nationale ignorent complètement.

Idées clés

Le chiffrage comme argument politique. L'objectif de l'article n'est pas de fixer un prix de vente aux écosystèmes mais de leur donner un poids dans des arbitrages où leur destruction est souvent présentée comme gratuite. Tant que la nature ne figure pas dans les tableaux de décision, elle est implicitement valorisée à zéro. Montrer qu'elle vaut 33 000 milliards de dollars est une façon de rendre visible ce que la comptabilité nationale rend invisible.

Une classification en dix-sept types de services. Costanza et al. distinguent dix-sept catégories, de la régulation du climat à la pollinisation, du contrôle des crues à la formation des sols, en passant par l'approvisionnement en eau douce et la purification. Cette classification préfigure la taxonomie de l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (MEA, 2005) qui deviendra la référence internationale.

La méthode et ses limites assumées. Les auteurs agrègent des estimations hétérogènes produites dans des contextes très différents, et ils reconnaissent dans l'article lui-même que leur chiffre est une approximation très imparfaite, fondée sur une littérature limitée et des méthodes incompatibles. Leur objectif déclaré est d'ouvrir un chantier de recherche et de politique, non de fournir un chiffre définitif.

Le risque de l'argument inversé. Le résultat le plus connu, le chiffre global, a été abondamment cité, parfois contre l'intention des auteurs. En habituant à exprimer la valeur des milieux vivants en dollars par hectare, la démarche ouvre la porte à la marchandisation de ces mêmes services, en créant les instruments nécessaires à leur échange marchand. Gómez-Baggethun et al. (2010) ont documenté cette trajectoire : de la mise en visibilité à la monétisation, le pas est court. C'est pourquoi cet article fondateur s'inscrit dans un débat plus large sur le vocabulaire des services écosystémiques, que la note Services écosystémiques développe en détail.

Ce que la source apporte

L'article de 1997 est à la fois une source incontournable et un cas d'école des risques du cadre qu'il inaugure. Il rend visible une dépendance réelle, nos sociétés tiennent à des fonctions écologiques que les marchés ne comptabilisent pas. Mais en choisissant la valeur monétaire comme vecteur de cette mise en visibilité, il introduit une logique dont les prolongements (marchés de biodiversité, paiements pour services environnementaux, comptabilité du capital naturel) ont alimenté les critiques les plus vives de l'économie écologique. Pour comprendre pourquoi ce dossier préfère le vocabulaire des « fonctions écologiques » à celui des « services écosystémiques », cet article est un point de départ indispensable.

Distance critique

Cette fiche traite Costanza et al. (1997) comme une source fondatrice qu'il convient de connaître, non comme un cadre à adopter. Le vocabulaire des services écosystémiques porte en lui un risque de marchandisation que ce dossier prend au sérieux. Voir Services écosystémiques et Gómez-Baggethun et al. 2010.

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