APRONA
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Définition
L'APRONA, sigle de l'Association pour la protection de la nappe phréatique de la plaine d'Alsace, est l'observatoire régional chargé de surveiller et d'étudier la nappe rhénane, sur les plans quantitatif (niveaux) et qualitatif (pollutions). Elle se présente aussi sous le nom d'Observatoire de la nappe d'Alsace. C'est la structure qui produit et met à disposition les données de référence sur l'état de cette nappe, l'une des plus grandes réserves d'eau souterraine d'Europe.
Voir aussi Nappe phréatique · BRGM · Agence de l'eau Rhin-Meuse · ERMES-II, la nappe rhénane sous diagnostic
L'association a été créée le 28 mars 1995, à l'initiative de la Région Alsace, de l'Agence de l'eau Rhin-Meuse, des conseils généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin et de la préfecture de région, qui en sont les membres fondateurs avec l'État [HY40].
APRONA, page « Historique », aprona.net (verbatim vérifié) « en 1995, l'APRONA est créée par la Région Alsace, l'Agence de l'eau Rhin-Meuse, des Conseils Généraux et de la Préfécture de la Région Alsace »
Elle prolonge un dispositif plus ancien, la CIENPPA (Commission interministérielle d'étude de la nappe phréatique d'Alsace), constituée dès 1954 et ouverte aux collectivités locales et aux associations à partir des années 1980 [HY40]. La surveillance de la nappe rhénane a donc, sous une forme ou une autre, plus de soixante-dix ans d'antériorité, ce qui donne à ses séries de mesures une profondeur temporelle rare.
Une organisation partenariale
L'APRONA réunit autour de la nappe l'ensemble des acteurs du territoire. Aux membres fondateurs (État, Région, départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, Agence de l'eau Rhin-Meuse) s'ajoutent des représentants du Comité de bassin Rhin-Meuse, des collectivités locales et des usagers de l'eau : industriels, agriculteurs, associations de protection de la nature [HY41]. Elle fonctionne avec un conseil d'administration, un bureau, des membres actifs, associés et honoraires. Cette composition élargie explique son rôle de tiers de confiance : les données qu'elle publie sont acceptées par des parties qui, sur le fond, s'opposent souvent.
Depuis 2015, l'APRONA pilote l'Observatoire de l'eau d'Alsace, dont la construction avait été engagée en 2012. L'observatoire mutualise et met à disposition les connaissances sur les eaux souterraines et superficielles du territoire [HY40].
Le siège est situé au Biopôle, 28 rue de Herrlisheim à Colmar [HY41].
Le réseau de surveillance des niveaux
Le suivi quantitatif repose sur le réseau piézométrique régional, qui compte environ 170 points de mesure (les piézomètres), un ordre de grandeur stable dans le temps : 168 points en 2012, 169 en 2020 comme en 2023 [HY42]. Ces piézomètres donnent la cote du toit de la nappe, c'est-à-dire le niveau piézométrique.
La mesure combine trois modes d'acquisition [HY42] :
- une soixantaine d'observateurs locaux qui effectuent des relevés hebdomadaires,
- une demi-douzaine d'organismes partenaires qui suivent une douzaine d'ouvrages,
- un peu plus de soixante-dix centrales électroniques d'acquisition programmées pour une lecture horaire.
Les données de ce réseau sont accessibles sur le site de l'APRONA et versées dans ADES, la banque nationale d'accès aux données sur les eaux souterraines [HY42]. Ce point compte : l'APRONA ne garde pas ses mesures pour elle, elle alimente le référentiel national, ce qui rend ses séries comparables et opposables au-delà de l'Alsace.
Le suivi de la qualité et les inventaires transfrontaliers
Sur le volet qualité, la particularité de l'Alsace est que la nappe rhénane ignore les frontières : elle s'étend sous la France, l'Allemagne et la Suisse, de Bâle à Lauterbourg. Le suivi de sa qualité est donc mené par campagnes d'inventaire transfrontalières, à intervalles d'environ six ans, coordonnées côté français par l'APRONA. La page de suivi patrimonial de la nappe rhénane recense les campagnes suivantes [HY43] :
| Campagne | Étendue et paramètres |
|---|---|
| 1968-1973 | Premiers inventaires |
| 1981-1983 | |
| 1991-1992 | Une trentaine de paramètres analysés |
| 1996-1997 | Plus de 1 000 points de mesure au total |
| 2002-2003 | 90 paramètres analysés |
| 2009-2010 | Plus de 1 800 points de mesure, dont 717 en Alsace |
| 2016 | Programme ERMES-Rhin (Interreg V), environ 400 paramètres |
| 2022-2025 | Programme ERMES-ii, dont l'inventaire ERMES-ii Alsace 2023 |
Les quatre grandes causes de déclassement suivies depuis l'inventaire 1996-1997 sont récurrentes : les nitrates d'origine agricole et domestique, les produits phytosanitaires, les solvants chlorés (COHV) et les chlorures liés aux terrils et aux rejets des anciennes mines de potasse [HY43]. À la suite des campagnes de 1997 et 2002, un jeu de 28 indicateurs a été défini pour suivre ces enjeux principaux dans le fossé rhénan.
Le programme ERMES (Évolution de la ressource et monitoring des eaux souterraines) a pris le relais des inventaires classiques. ERMES-Rhin 2016 a mobilisé, autour de l'APRONA, le Bade-Wurtemberg, la Rhénanie-Palatinat et la Hesse côté allemand, les cantons de Bâle-Ville et Bâle-Campagne côté suisse, la Région Grand Est et l'Agence de l'eau Rhin-Meuse côté français [QU34] [QU49]. La campagne 2016 a analysé de l'ordre de 400 paramètres. ERMES-ii Rhin (2022-2025) prolonge la démarche [QU34].
Le rôle d'observatoire de référence
La combinaison de trois traits fait de l'APRONA la source à consulter pour tout propos sur l'état de la nappe rhénane. D'abord la profondeur temporelle : des séries qui remontent, sous des formes successives, à plus d'un demi-siècle. Ensuite la double compétence, niveaux et qualité, sur le même aquifère, ce qui est rare. Enfin le versement dans ADES et la coordination transfrontalière, qui garantissent que ses données ne sont pas un point de vue local mais un référentiel partagé.
Cette autorité de fait pèse dans les débats. Quand l'APRONA publie qu'un seuil de crise a été franchi à Rossfeld ou qu'un point de suivi du Ried décroche, l'information est reprise sans contestation de méthode, parce qu'elle vient de l'observatoire commun et non d'une partie prenante.
Une réserve immense, mais des variations locales à ne pas surinterpréter
La nappe rhénane, pour sa seule partie alsacienne entre Vosges et Rhin, stocke de l'ordre de 35 milliards de mètres cubes d'eau. Elle couvre 76 % des besoins en eau potable de la région, la quasi-totalité des besoins d'irrigation et plus de la moitié des besoins industriels [HY44]. C'est l'une des plus importantes réserves d'eau souterraine d'Europe occidentale.
Un point d'honnêteté s'impose ici. Cette immensité ne fait pas de la nappe une ressource en déclin global. Ce que l'APRONA documente, ce sont des variations de niveau, saisonnières et locales, et des enjeux de qualité, pas un épuisement d'ensemble. Le stock se reconstitue à l'échelle de la plaine et de l'année. Ce qui se joue au moment et à l'endroit où la demande culmine, un été de sécheresse sur un point du Ried par exemple, c'est un problème de débit local et de rabattement passager, distinct de l'état du stock moyen. Confondre les deux échelles conduit soit à l'alarmisme (« la nappe est foutue »), soit au déni (« elle est immense, tout va bien »). Les données de l'APRONA permettent précisément de tenir les deux bouts : une réserve considérable, et des tensions réelles, localisées et croissantes en fréquence.
Site officiel
https://www.aprona.net/