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Qualité

PFAS comprendre les polluants éternels et construire une réponse collective

5 minutes de lecture

Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) forment une famille de composés chimiques synthétiques, employés pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes à la chaleur. Ils se retrouvent dans une multitude de produits du quotidien : emballages alimentaires, textiles, revêtements industriels, cosmétiques, mousses anti-incendie. Leur structure fluorée les rend très persistants dans l'environnement, d'où leur surnom de polluants éternels. Ils sont aujourd'hui détectés dans tous les compartiments environnementaux, l'eau, l'air, les sols, les sédiments, ainsi que dans le sang de la quasi-totalité de la population mondiale. Leur présence dans l'eau potable pose un problème sanitaire d'ampleur, leur toxicité étant suspectée à faibles doses et sur le long terme (effets immunotoxiques, perturbation endocrinienne, cancérogénicité probable).

Le sujet ne se réduit pas à une pollution ponctuelle. Il interroge la capacité de nos sociétés à réguler des substances invisibles, persistantes et déjà massivement disséminées. C'est ce fil que je suis ici, en partant d'un cas alsacien, pour montrer pourquoi le traitement de l'eau contaminée me paraît une réponse par défaut, et où se joue à mon sens la vraie décision.

La crise des PFAS à Saint-Louis, un révélateur local

En mai 2025, les autorités sanitaires informent les habitantes et les habitants de l'agglomération de Saint-Louis (Haut-Rhin) que leur eau du robinet dépasse la valeur sanitaire maximale recommandée pour les PFAS. Le pic mesuré atteint 0,3407 µg/L, soit plus de 3 fois la valeur de 0,1 µg/L proposée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) pour la somme de 20 PFAS prioritaires. La contamination est attribuée aux usages intensifs de mousses anti-incendie sur le site de l'aéroport de Bâle-Mulhouse. Elle touche directement 11 communes, plusieurs milliers de personnes.

La réponse institutionnelle est restée partielle : des recommandations de précaution pour les populations sensibles, des achats massifs d'eau en bouteille, un projet de traitement par charbon actif granulaire prévu pour fin 2025. Aucune mesure immédiate d'assainissement, aucun arrêt des activités responsables, aucun remboursement des surcoûts pour les foyers exposés. Cette gestion différée dit deux choses : l'incapacité à agir vite sur une pollution connue de longue date, et le déséquilibre de responsabilité entre pollueurs industriels et collectivités exposées. Le déroulé de cette crise et ses zones d'ombre sont documentés dans les billets nappe contaminée, responsabilités diluées et un an après, le charbon filtre, la source demeure.

Traiter l'eau, une réponse par défaut

Face à la présence de PFAS dans l'eau potable, plusieurs technologies existent : charbon actif, résines échangeuses d'ions, nanofiltration, osmose inverse, ultrafiltration sur membranes spécifiques. Toutes ont un coût énergétique, financier et environnemental élevé. Elles produisent des résidus hautement concentrés en PFAS (brine), difficiles à traiter et à éliminer, et supposent des unités à grande échelle, hors de portée des petits réseaux. Elles agissent sur la présence du polluant dans l'eau, jamais sur son émission. Ce déplacement du problème, du milieu vers le robinet puis vers un déchet concentré, me paraît le point aveugle de la réponse dominante.

Sur ce terrain, des entreprises comme L'Eau Engagée misent sur l'inquiétude et proposent une eau purifiée par osmose inverse, conditionnée dans des briques végétales, à 5 €/litre. Le procédé réduit les PFAS, au prix de 5 à 10 kWh/m³, de pertes en eau qui atteignent la moitié du volume traité, et de déchets concentrés à gérer. Cette offre installe un système à deux vitesses : une eau filtrée pour celles et ceux qui peuvent payer, une eau du robinet contaminée mais légale pour les autres. Faire dépendre la sécurité sanitaire de la capacité d'achat revient à marchandiser une protection qui devrait rester commune. Une eau de qualité pour toutes et tous, garantie par des moyens publics et préventifs, me semble le seul cadre acceptable.

Agir à la source

La réponse qui tient dans la durée est l'interdiction progressive des PFAS à la source, sauf exception médicale. L'Union européenne a engagé en 2023 une procédure de restriction globale au titre du règlement REACH, qui pourrait aboutir à une interdiction de milliers de composés. La décision fait déjà l'objet d'un lobbying intense : les industriels demandent des dérogations par secteur et agitent la menace d'un surcoût ou d'un blocage technique.

Dans ce cadre, le traitement généralisé de l'eau contaminée n'a rien de réaliste ni d'équitable. Il gagnerait à rester une mesure transitoire et ciblée, réservée aux cas les plus critiques, le temps que se tarissent les rejets. L'enjeu se déplace vers l'arrêt des émissions, la réparation des dommages environnementaux et sanitaires, et l'application effective du principe pollueur-payeur, dont la crise de Saint-Louis montre à quel point il reste théorique.

Les PFAS mettent au jour une faille de fond dans la gestion de l'eau potable : trop de substances échappent à la réglementation, les seuils sanitaires restent souvent indicatifs, et les pollutions diffuses se dissolvent dans une responsabilité juridique introuvable. Refonder ce système demanderait une précaution qui agit au lieu de recommander, avec des seuils préventifs opposables et des mesures immédiates ; une transparence qui publie les données locales et soumette les seuils existants à la critique ; et une place réelle donnée aux habitantes et aux habitants, aux scientifiques et aux collectivités dans les décisions sanitaires qui les concernent. Ce n'est pas l'eau qu'il faudrait filtrer indéfiniment, mais la politique industrielle qui alimente la pollution. Je défends de ce fait un désarmement chimique des milieux plutôt qu'une course sans fin à l'adaptation technologique.

L'état des lieux, ERMES-II

Le programme ERMES-II-Rhin a rendu publics en mai 2026 les résultats de la plus vaste campagne de surveillance jamais menée sur la nappe rhénane. Sur les 1 500 points de mesure transfrontaliers, 69 % présentent des PFAS. Le TFA (acide trifluoroacétique), non réglementé, est détecté dans 96 % des mesures. La note ERMES-II, la nappe rhénane sous diagnostic analyse ces résultats en détail.

%% FLAGUÉ Guillaume (refonte substantielle, à relire) : la section terminale « Références » (ANSES 2023 ; Appleman et al. 2014, Water Research ; Elimelech & Phillip 2011, Science ; Rue89 Strasbourg 2025 ; APRONA ERMES-II-Rhin 2026) a été retirée conformément à la règle « jamais de bibliographie terminale, cotes [XX00] inline ». Aucune cote existante trouvée dans bibliographie.json pour ces 5 sources. Cotes à créer sous R1 strict (vérif DOI/ISBN/Zotero), puis à insérer inline : ANSES / Appleman / ERMES-II en thème pollutions-qualité, Elimelech en méthode-général, le chiffre 0,3407 µg/L et l'attribution Bâle-Mulhouse s'appuient sur Rue89. Je n'ai fabriqué aucune cote. %%