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Qualité

Eau Brute

3 minutes de lecture

L’eau brute désigne l’eau prélevée dans le milieu naturel : nappes souterraines, rivières, lacs ou sources : avant tout traitement destiné à la rendre potable. Elle constitue la matière première du service public d’eau potable. Ce prélèvement est encadré par des autorisations préfectorales (loi sur l’eau de 2006), qui fixent les volumes, points de captage, usages autorisés, et exigences de qualité minimale.

L’article R.1321-1 du Code de la santé publique [DR17] précise que seule une eau respectant certaines conditions peut être déclarée « ressource d’alimentation en eau potable », sur la base de la qualité de l’eau brute et de la possibilité de la traiter efficacement.

Substances détectées et surveillance

L’eau brute peut contenir un très grand nombre de contaminants, d’origine agricole, industrielle, urbaine ou naturelle. En 2022, les campagnes de surveillance coordonnées par le ministère de la santé ont permis d’identifier plus de 700 substances différentes dans les eaux brutes destinées à la production d’eau potable (Ministère de la Santé, 2022) [QU54]. Parmi elles se trouvent :

  • des pesticides et leurs métabolites, plus solubles et persistants que les substances actives d’origine ;
  • des résidus de médicaments (antibiotiques, anti-inflammatoires, hormones) ;
  • des sous-produits de désinfection issus du traitement au chlore ;
  • des composés fluorés persistants comme les PFAS ou les PFS (polyfluoroalkylées) ;
  • des contaminants émergents, souvent non réglementés.

La réglementation ne couvre qu’une centaine de paramètres pour l’eau brute, selon l’arrêté du 11 janvier 2007 relatif au programme de surveillance des eaux utilisées pour la production d’eau destinée à la consommation humaine. La grande majorité des substances détectées n’a pas de valeur réglementaire, ni de protocole de traitement systématique. Le contrôle reste donc partiel, centré sur quelques familles connues et mesurables.

Limites du cadre actuel

Cette situation pose 3 problèmes majeurs. D’abord, la sélection des paramètres surveillés repose sur une vision réductrice du risque, ignorant les effets cumulés, les faibles doses, ou les synergies entre contaminants. Ensuite, les données de qualité de l’eau brute sont rarement mises à disposition du public, malgré leur importance stratégique. Enfin, les coûts du traitement sont reportés sur le service d’eau potable, alors même que la pollution est souvent liée à des activités agricoles ou industrielles en amont, en contradiction avec le principe pollueur-payeur.

La directive-cadre sur l’eau (2000/60/CE) [DR02] impose pourtant aux États membres d’atteindre le « bon état chimique » des masses d’eau, ce qui suppose une action sur les pressures plutôt que sur les symptômes. L’absence de mise en œuvre rigoureuse de ces principes en France contribue à une politique de traitement en aval, coûteuse, opaque, et écologiquement insoutenable.

Ce diagnostic confirme la nécessité d’un changement de paradigme, en cohérence avec la vision d’un seul cycle de l’eau : restaurer les fonctions écologiques des milieux aquatiques, appliquer le principe de responsabilité environnementale aux producteurs de polluants, et garantir un accès complet aux données environnementales.

%% Sources cotées dans la biblio transverse et citées inline : Code de la santé publique, art. R.1321-1 et s. [DR17], Ministère de la Santé 2022 [QU54], directive 2000/60/CE [DR02]. Texte réglementaire cité dans le corps mais non coté : arrêté du 11 janvier 2007 relatif aux programmes de surveillance des EDCH (Légifrance). R1 (escalade Zotero) : la référence « Eschauzier et al. (2012), Occurrence and fate of perfluorinated compounds in drinking water sources, Environmental Science & Technology 46(2), 683-690 » n'a pas pu être vérifiée (le titre, les pages et le millésime ne concordent pas avec la publication Eschauzier 2012 identifiée dans ES&T) ; retirée faute de vérification, à retrouver dans Zotero avant cotation. %%