Dossier
PFAS, la pollution éternelle
Publié le 14 août 2026 · 6 minutes de lecture
Une molécule de PFAS rejetée dans une rivière en 1970 s'y trouve encore aujourd'hui, et elle est aussi dans le sang de la quasi-totalité de la population. C'est la propriété qui a fait la fortune industrielle de ces composés, la liaison carbone-fluor, la plus stable de la chimie organique, qui les rend indestructibles une fois dans l'environnement. De là vient leur surnom de polluants éternels, et de là vient le problème : une contamination qui ne s'efface pas, distribuée dans l'eau du robinet, mesurée dans les nappes, et que le droit n'a commencé à nommer qu'avec des décennies de retard.
Ce dossier tient un fil, celui qui va de la molécule à la décision. Chaque page en éclaire un segment, et aucune ne dit seule ce que leur enchaînement révèle : que le traitement de l'eau contaminée, si coûteux soit-il, ne fait que déplacer un polluant qu'on continue d'émettre ailleurs. Le sens de l'ensemble n'est pas dans une fiche, il est dans le passage de l'une à l'autre, de la chimie inerte à la santé publique, puis de la facture au robinet à la question de savoir qui doit payer et qui devrait arrêter de polluer.
Une chimie inerte, une contamination partout
Tout part d'un trait chimique unique qui irrigue des milliers de produits sans rapport apparent, du revêtement antiadhésif à la mousse anti-incendie. La fiche sur la chimie des PFAS pose cette famille de plus de dix mille molécules et la propriété qui les fait persister. C'est parce que rien ne les dégrade qu'on les retrouve dans l'eau brute, les sols, les nappes, et que les filières ordinaires de potabilisation les laissent passer sans les voir.
Où ils passent, ce qu'ils font Le chemin qui va de l'usage industriel à la contamination des eaux et de l'alimentation, puis aux effets sanitaires documentés, est suivi dans PFAS : usages, contamination et santé. L'alimentation reste la première voie d'exposition, devant l'eau potable.
Les effets sur la santé sont le second segment, et c'est là que le tableau se durcit. Le Centre international de recherche sur le cancer a classé le PFOA cancérogène certain en 2023, la dose tolérable a été révisée d'environ deux ordres de grandeur en douze ans, et une part importante de la population dépasse déjà le seuil retenu. Ce que la science a mis des années à établir, elle l'a établi sur des doses que les normes anciennes jugeaient anodines.
Le droit court après la science
Entre la première preuve scientifique et la norme opposable, quinze à vingt-cinq ans s'écoulent pour les contaminants chimiques de l'eau. Ce décalage n'est pas un accident de calendrier, et c'est le cœur du segment institutionnel du dossier.
Ce que dit la science, ce que fait le droit Le retard du droit sur la preuve, et les trois freins qui l'expliquent, la prudence de la méthode, le poids de l'industrie, la complexité des institutions, sont examinés dans PFAS et principe de précaution. C'est là que le principe de précaution est confronté à son terrain le plus évident, l'eau de boisson, et à son inapplication.
La chronologie tient en quelques dates que les fiches détaillent : la directive européenne de 2020 qui fixe pour la première fois un seuil dans l'eau potable, sa transposition contraignante en France à partir de 2026, la loi du 27 février 2025 qui interdit les PFAS dans plusieurs produits, et la procédure de restriction large déposée au titre de REACH en 2023, dont la décision n'est pas attendue avant 2027. Le droit avance, mais toujours d'un temps de retard sur ce que l'eau charrie déjà.
Traiter, ou tarir la source
Une fois les PFAS dans l'eau, deux questions restent, et elles commandent la suite du dossier : peut-on les en retirer, à quel prix, et qui paie. La fiche sur le traitement, les coûts et la réglementation montre qu'aucune technologie ne détruit les PFAS à l'échelle industrielle en 2026 : on les concentre, on les déplace, on les rejette sous forme d'un déchet plus concentré encore. Le charbon actif et l'osmose inverse abattent les concentrations au robinet, au prix d'une facture qui pourrait renchérir l'eau de plusieurs dizaines de centimes par mètre cube et d'un concentrat qui retourne au milieu.
C'est ce déplacement du problème, du milieu vers le robinet puis vers un déchet, qui fait du traitement une réponse par défaut. La note qui part du cas de Saint-Louis tire ce fil jusqu'au bout et montre où se joue vraiment la décision : non pas au robinet, mais à la source des émissions. Elle assume la position, là où les fiches décrivent ; le dossier la renvoie sans la refaire.
Un cas qui rend le fil concret En mai 2025, l'eau distribuée à onze communes de l'agglomération de Saint-Louis dépasse plus de trois fois la valeur sanitaire des PFAS, contamination attribuée aux mousses anti-incendie de l'aéroport de Bâle-Mulhouse. Le déroulé et ses zones d'ombre sont dans deux billets datés du Carnet, nappe contaminée, responsabilités diluées et un an après, le charbon filtre, la source demeure, que ce dossier reprend.
L'ampleur de la contamination ne tient pas à un site isolé. Le programme ERMES-II a rendu publics en mai 2026 les résultats de la plus vaste campagne de surveillance menée sur la nappe rhénane : sur mille cinq cents points transfrontaliers, plus des deux tiers présentent des PFAS, et le TFA, non réglementé, est détecté dans presque toutes les mesures. Une pollution ponctuelle connue et une contamination diffuse générale disent la même chose sous deux angles.
Par où entrer
Ce dossier se lit dans l'ordre qui répond à ce qu'on cherche. Pour saisir ce que sont ces molécules et pourquoi rien ne les dégrade, la fiche sur la chimie est la porte la plus simple, et le guide complet en donne l'aperçu d'un seul tenant. Pour comprendre ce qu'elles font au corps et par quelles voies elles y arrivent, la fiche sur les usages, la contamination et la santé suit le fil de bout en bout. Pour l'écart entre la preuve et la norme, et ce qui le creuse, la fiche sur le principe de précaution entre dans le détail du droit.
Et pour la question qui décide de tout, faut-il filtrer l'eau indéfiniment ou tarir la source, la fiche sur le traitement en donne la mécanique et la facture, la note partie de Saint-Louis en tient la position, et les deux billets du carnet montrent, sur un cas, ce que veut dire vivre avec une eau contaminée mais légale. Le sujet appelle l'exagération, et il vaut mieux ne pas en ajouter : les PFAS ne rendent pas l'eau imbuvable du jour au lendemain, ils installent une contamination lente, persistante et injustement répartie, que le droit peine à saisir. C'est cette lenteur, plus qu'une alerte, que ce dossier cherche à rendre lisible.