Fletcher et al. 2015 : les terminologies de l'eau pluviale, entre contextes locaux et principes partagés
3 minutes de lecture
Fletcher, Tim D., Shuster, William, Hunt, William F., Ashley, Richard, Butler, David, Arthur, Scott, Trowsdale, Sam, Barraud, Sylvie, Semadeni-Davies, Annette, Bertrand-Krajewski, Jean-Luc, Mikkelsen, Peter S., Rivard, Gilles, Uhl, Mathias, Dagenais, Danielle et Viklander, Maria, 2015. SUDS, LID, BMPs, WSUD and more : the evolution and application of terminology surrounding urban drainage. Urban Water Journal, vol. 12, n° 7, p. 525-542.
Pourquoi lire cet article
Toute personne qui travaille sur la gestion des eaux pluviales se heurte rapidement à une profusion d'acronymes selon le pays ou la région : SUDS au Royaume-Uni, LID aux États-Unis, BMPs dans la littérature anglophone générale, WSUD en Australie, LIDD au Canada, ville perméable ou solutions alternatives en France. Fletcher et al. (2015) font le travail de cartographier cette terminologie, d'en retracer l'histoire et d'en clarifier les équivalences comme les différences. L'article porte la cote [UR08] de la bibliographie partagée.
Le propos de l'article
L'article recense les principales familles terminologiques en usage dans la littérature internationale sur la gestion des eaux pluviales à l'interface urbanisme-hydrologie. Il montre que ces termes ne sont pas synonymes : chacun porte l'empreinte du contexte réglementaire et culturel qui l'a vu naître. Ils partagent néanmoins une orientation commune, gérer l'eau là où elle tombe plutôt que de l'envoyer le plus vite possible vers l'aval.
Les distinctions que l'article opère sont utiles à connaître :
Les « Best Management Practices » (BMPs) désignent aux États-Unis des dispositifs à la fois techniques (noues, bassins de rétention) et non techniques (règles d'entretien, bonnes pratiques de chantier). C'est un terme générique, administrativement ancré dans la réglementation de la Clean Water Act.
Le « Low Impact Development » (LID) est une philosophie de conception urbaine qui cherche à reproduire le comportement hydrologique pré-développement en distribuant les dispositifs de gestion de l'eau sur l'ensemble du bassin, à l'échelle de la parcelle et de l'îlot.
Les « Sustainable Drainage Systems » (SUDS) au Royaume-Uni insistent davantage sur la chaîne de dispositifs (le « management train ») et sur la multifonctionnalité : eau, qualité d'eau, biodiversité, cadre de vie.
Le « Water Sensitive Urban Design » (WSUD) australien est le plus intégré : il articule la gestion des eaux pluviales, de l'eau potable et des eaux usées dans une logique de cycle urbain total.
Spécificités locales et socle commun
Fletcher et al. insistent sur le fait que ces différences terminologiques ne sont pas de simples variantes de langage : elles reflètent des histoires réglementaires, des cadres institutionnels et des contextes culturels distincts, propres à chaque pays. L'article documente donc autant la spécificité locale de chaque tradition que ce qu'elles ont en commun. Les auteurs recommandent d'employer les termes avec précision, en tenant compte de leur ancrage local, plutôt que de les traiter comme des synonymes interchangeables. Il reste que ces traditions partagent un socle de principes techniques : gérer l'eau au plus près de l'endroit où elle tombe, réduire la connectivité hydraulique entre les surfaces imperméables et les cours d'eau, et se rapprocher du comportement hydrologique du paysage avant urbanisation. Les approches françaises de la « gestion à la source » et de la « ville perméable » héritent de ce socle sans se réduire à aucune de ces traditions.
Les implications de l'article
En France Le socle international se traduit dans la gestion à la source, au sein de l'urbanisme de l'eau ; la science en amont : Walsh et al. 2005.
L'inventaire terminologique de Fletcher et al. permet de lire la littérature internationale sans être bloqué par les acronymes. Il rappelle aussi que l'urbanisme de l'eau n'est pas une invention française : c'est une convergence internationale qui s'est construite depuis les années 1990 à partir d'expériences menées sur plusieurs continents. Les retours d'expérience australiens (WSUD), britanniques (SUDS) et américains (LID) sont mobilisables en France, en tenant compte des différences de contexte réglementaire et climatique.
La présence de Sylvie Barraud et de Jean-Luc Bertrand-Krajewski parmi les coauteurs signale le lien avec la tradition française de recherche en hydrologie urbaine (INSA Lyon, OTHU, groupe de travail TSM de l'ASTEE) qui a produit une partie des connaissances scientifiques sur lesquelles s'appuient ces approches.