Le résultat : un découpage en vingt-trois, mis à l'épreuve
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Au bout du chemin, une carte. 23 unités qui couvrent la France hexagonale et la Corse, 187 assemblées locales emboîtées dessous, sans reste. C'est là que le travail cartographique aboutit, et c'est là que les explorations sur les écorégions démarrent. Le même tracé porte donc deux noms selon la lecture. Pour l'institution, ce sont 23 circonscriptions, l'échelle à laquelle l'Agence du Cycle de l'Eau refondée trouve un organe qui la sert, ni le grand bassin trop vaste pour délibérer, ni le secteur trop fin pour piloter la ressource. Lue à travers l'eau et les milieux, la même partition se lit comme 23 écorégions. Un seul objet, deux entrées.
Il faut tenir cette distinction pour ne pas se tromper sur ce qui vaut. Ce qui se défend seul, sans aucune carte, c'est l'architecture de la décision : l'assemblée locale de l'eau, l'assemblée de bassin de rivière au-dessus, l'agence coordonnée à un cap national, et la légitimité qui remonte du terrain plutôt que de descendre du sommet. Je développe cette architecture dans la partie consacrée à comment décider ensemble de l'eau, et elle tient quel que soit le tracé retenu au-dessus. Les 23 unités ne fondent pas cette architecture. Elles proposent une échelle, une parmi d'autres, et cette échelle-là, je l'ai éprouvée. C'est un essai : je propose, j'éprouve, je ne prouve pas.
La façon de décider, avant la carte L'architecture des assemblées se défend indépendamment de tout découpage. La vue d'ensemble : Comment décider ensemble de l'eau ?. L'agence qui reçoit l'échelle : L'Agence du Cycle de l'Eau, outiller sans commander.
Le découpage retenu
Le tracé part du bassin versant, jamais du contour administratif. La brique de travail est le secteur hydrographique, 187 unités reconnues par la cartographie de l'eau, assez fines pour porter une assemblée locale et assez larges pour rester gouvernables. Ces secteurs se regroupent par assemblage entier, jamais par découpe interne, jusqu'à 23 ensembles. La contrainte, tenue de bout en bout, garantit qu'aucune assemblée ne se retrouve à cheval sur deux unités : la couche des 187 assemblées se superpose exactement aux 23, sans chevauchement ni trou, ce qui est vérifiable sur le découpage lui-même. C'est cette propriété d'emboîtement strict qui rend la carte utilisable pour délibérer, puisqu'une assemblée qui décide de l'eau de son bassin a besoin d'un territoire entier.
Chaque unité porte le nom du cours d'eau qui la structure, Adour, Garonne, Loire amont, Rhône, Saône, plutôt qu'un nom régional hérité. La population des 23 unités totalise 66 161 828 habitants, France hexagonale et Corse, hors territoires d'outre-mer. Ce total se conserve d'un palier à l'autre, que le territoire soit partagé en 7, en 12 ou en 23, ce qui se vérifie par construction : aucun territoire n'a été perdu ni compté deux fois.
Le nombre 23 n'était pas fixé au départ. Il est tombé du travail, une fois posés le grain, les critères de regroupement et les corrections que la carte imposait. Le climat sépare l'arc méditerranéen du reste, du type méditerranéen là où l'immense majorité du pays est en tempéré océanique. Le relief tient l'Isère et la Durance à part du sillon rhodanien. Les grandes nappes réclament de ne pas être tranchées. Et l'agglomération parisienne résiste à toute mise en équilibre : la Seine centrale rassemble à elle seule près de 14 millions d'habitants pour une densité de 524 habitants au kilomètre carré, mais son réseau de cours d'eau est parmi les plus clairsemés du pays, l'eau y étant surtout souterraine. Couper cette masse en deux pour lisser la population reviendrait à séparer des territoires qui partagent la même nappe et le même exutoire, pour un gain purement démographique. Le poids francilien n'est donc pas un défaut du tracé : c'est un fait que le tracé enregistre au lieu de le masquer, et le cas mérite d'ailleurs un traitement dédié, ouvert dans le cas de l'Île-de-France.
Ce que la mesure resserre, sans désigner de frontière
Une carte de l'eau peut sembler élégante et rester fausse. Pour sortir de l'impression, j'ai comparé ce découpage aux autres partitions possibles du territoire sur les mêmes critères chiffrés, dans la même base : les 7 circonscriptions de bassin en vigueur depuis 1964, une agrégation en 6 grandes régions, un palier intermédiaire à 12 unités, et des variantes bâties sur des départements entiers comme témoins. Le détail de cette confrontation vit dans l'Atelier ; je résume ici ce qu'elle établit, et surtout ce qu'elle n'établit pas.
Sur l'équilibre démographique, l'écart se resserre. Les 7 circonscriptions actuelles vont de 18,9 millions d'habitants pour Seine-Normandie à 355 000 pour la Corse, un rapport de 53 à 1 que le tracé de 1964 n'a jamais révisé. Le découpage en 23 ramène ce rapport à 38,5 pour 1, la Corse restant partout la plus petite. La médiane descend de 8 millions d'habitants à 2,4 millions. La finesse a une contrepartie, elle laisse subsister de l'hétérogénéité de tailles au milieu de la distribution, mais elle est la seule à faire reculer nettement l'écart entre extrêmes.
Sur l'eau elle-même, l'alignement se lit là où il se laisse mesurer. La part de l'hydro-écorégion dominante dans chaque unité, qui mesure la cohérence d'un fonctionnement de rivière, passe de 0,58 pour les 7 circonscriptions à 0,64 pour le découpage fin : c'est le critère où ce tracé l'emporte le plus clairement, parce qu'il part de l'eau et de son milieu au lieu d'un contour hérité. La fidélité aux nappes va dans le même sens sans triomphalisme. Le découpage en 23 coupe 22,1 % des masses d'eau souterraines, contre 28,8 % pour le palier à 12 unités : à finesse comparable, prendre au sérieux l'eau souterraine recolle des aquifères que les tracés purement hydrographiques fendaient davantage.
L'écart resserré par la mesure Rapport de population entre unité la plus peuplée et la moins peuplée : ×53 pour les 7 circonscriptions de 1964, ×38,5 pour les 23 unités. Cohérence hydro-écologique moyenne : 0,58 pour les 7 circonscriptions, 0,64 pour le découpage fin. Le détail chiffré : Statistiques comparatives des zonages.
Voilà pour ce que la mesure établit. Reste ce qu'elle n'établit pas, et c'est le plus important. Aucun de ces chiffres n'a désigné une frontière à ma place. Le passage de 7 à 23 unités, le nombre lui-même, ne sont pas le produit d'une optimisation sous un critère unique ni d'un seuil arrêté sur un ratio. Ils résultent d'un cheminement cartographique où, secteur par secteur, la main a tranché des affectations que nulle règle chiffrée ne commandait. Que les secteurs de la Seine amont forment une unité distincte de la Marne, par exemple, tient à une lecture de la carte, à une logique de têtes de bassin, pas à un calcul. La justification se reconstruit après coup, et là où elle tient à un jugement de tracé, je le dis plutôt que de le maquiller en critère objectif. Le nombre 23 est un choix politique argumenté, à réinterroger, pas une vérité que le calcul aurait tranchée.
La confrontation coûte aussi, et le bilan ne vaut qu'à condition de le dire. Suivre l'eau conduit à traverser les deux tiers des départements, à couper environ un bassin de vie et une aire d'attraction des villes sur 5, contre un sur 13 pour l'échelle actuelle. Ce n'est pas un défaut à corriger, c'est le prix du parti pris : une échelle fidèle aux bassins ne peut pas, en même temps, épouser des frontières dessinées pour d'autres raisons. Le chiffre dit où porter l'attention, aux abords des grandes agglomérations, pas où renoncer.
Un dernier point mérite d'être retourné, parce qu'il revient souvent contre ce genre de tracé : les nappes souterraines seront coupées. C'est vrai. Une fraction substantielle des masses d'eau souterraines déborde de toute limite de surface, et rien n'y échappe. Mais cette objection vaut pour tout découpage, y compris les 7 circonscriptions actuelles, qui en tranchent 19,4 %. Elle ne disqualifie pas ce tracé plus qu'un autre ; elle rappelle seulement qu'une nappe partagée appelle une coordination entre unités voisines, sous n'importe quel maillage. L'échelle est un cadre de gestion, jamais une clôture.
Le détail méthodologique La règle de construction, les scénarios écartés et les contrôles de validité : Méthodologie de construction et la confrontation multi-critères des scénarios.
Les limites assumées du tracé
Le tracé refermé n'est pas un tracé achevé. Trois limites restent posées à découvert. La Seine centrale, avec sa densité sans équivalent, appelle une étude propre plutôt qu'un calage sur le seul secteur hydrographique. Deux assemblées présentent une population nulle dans la source, zones quasi inhabitées dont le statut reste à clarifier. Et la population mobilisée est une photographie de 2026, sans projection : les rapports démographiques entre unités bougeront, surtout dans les grandes agglomérations en croissance.
Ces réserves ne fragilisent pas le résultat, elles le situent. Un découpage se juge à ce qu'il permet, et celui-ci permet ce qu'aucune agrégation plus large ne permettait : une échelle taillée sur l'eau, plus équilibrée que l'héritage de 1964, sur laquelle une institution refondée peut s'appuyer sans commander. L'échelle est éprouvée, pas prouvée. Elle est offerte au débat comme un scénario parmi d'autres, et c'est bien assez pour qu'elle serve. Reste à savoir si une partition faite par l'eau et pour l'eau vaut aussi pour la forêt, le climat, le modèle agro-industriel qu'une assemblée de bassin aura à porter. Les explorations sur les écorégions gardent cette question ouverte.