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Décider de l'eau

À quoi servent ces comparaisons

4 minutes de lecture

Après avoir posé cinq façons de comparer les découpages, une question franche s'impose : à quoi bon ? Que rapporte tout cet appareil de mesure ? Est-il seulement utile, ou finit-il par établir l'inverse de ce que j'espérais, à savoir qu'il n'existe ni bon ni mauvais découpage ? La réponse commande le reste, autant la prendre de front.

Ces comparaisons ne désignent pas d'emblée un vainqueur, mais elles écartent de faux gagnants, ce qui est déjà utile. Sans elles, je pourrais répéter que les départements seraient « les plus cohérents » avec le milieu ; les mesures montrent que cette cohérence tient à un effet de taille, non à une qualité de tracé. Elles rendent aussi visible le prix du changement, les nappes coupées et les départements traversés, au lieu de le passer sous silence. Elles nettoient le terrain, en somme, et empêchent de maquiller une préférence en vérité technique, dans un sens comme dans l'autre.

Le garde-fou de toute la série Le raisonnement par la taille est développé dans Le biais de taille (MAUP), qui explique pourquoi aucun chiffre calculé par unité ne se lit sans précaution.

Les mesures robustes à la taille sont faites, et elles tranchent en partie, d'une façon que je n'ai pas forcée. Sur le critère le plus solide, celui qui ne dépend pas du nombre d'unités, l'alignement des frontières, les découpages par l'eau l'emportent nettement : les limites des six agences coïncident à 61 à 69 % avec les zonages écologiques, les 23 écorégions à 46 à 53 %, contre 17 à 27 % pour les régions et 7 à 18 % pour les départements. Deux à trois fois mieux. Sur les bords, un découpage administratif tranche au travers des transitions écologiques ; un découpage par bassin les épouse. C'est l'argument robuste, et il vaut pour tout découpage parti de l'eau.

Sur le pavage intérieur des unités, une fois l'effet de taille neutralisé par un modèle nul, les 23 écorégions passent devant les régions et les agences pour l'hydro-écologie et le climat, mais sans écart spectaculaire : elles sont au 63e centile du hasard pour les hydro-écorégions, pas au 95e. Les départements, eux, ne « gagnent » que par leur finesse, pur artefact d'échelle. Rien ici ne sacre un scénario.

Le résultat honnête tient donc en deux temps. Partir de l'eau se vérifie : sur le critère robuste, les échelles hydrographiques collent au vivant bien mieux que les échelles administratives. Mais le nombre, lui, ne se vérifie pas : sur la seule cohérence écologique, les 23 écorégions ne dominent pas les six agences, qui alignent même un peu mieux leurs frontières parce qu'elles n'ont que de grandes lignes de partage. Choisir 23 plutôt que six ne se justifie pas par l'écologie.

C'est là, et là seulement, que le politique reprend la main. Si partir de l'eau est acquis, le grain se choisit : sur l'équilibre des populations, sur la proximité de la délibération, sur la fidélité aux bassins réels, sur la fragmentation des nappes. Les 23 écorégions ramènent la disproportion héritée des agences, une fois isolée l'anomalie parisienne irréductible, à un rapport de 1 à 13 entre les 22 autres unités ; elles coupent moins de nappes que les régions ou qu'un découpage à 12 unités. Aucun de ces critères n'est une vérité de la mesure : ce sont des préférences, que j'assume.

Et je dis la mienne sans la déguiser : le scénario le plus proche des bassins, à 23 écorégions. Non parce qu'un calcul le couronnerait, il ne le fait pas, mais parce qu'il part de l'eau, parle au vivant sans se perdre dans le détail, corrige la disproportion des six agences de 1964 jamais révisée sans verser dans l'émiettement, et offre un cap lisible aux habitantes et aux habitants comme aux assemblées de bassin. C'est un choix. Les comparaisons ne le prouvent pas : elles le rendent honnête, en séparant ce qui relève de la mesure, partir de l'eau, de ce qui relève de la préférence, s'arrêter à 23.

Je ne compare donc pas pour obéir à un chiffre, mais pour choisir en connaissance de cause. La mesure aide à écarter les arguments faux et à mesurer le prix de chaque option ; elle ne dit pas, à elle seule, quelle échelle adopter. Ce partage me paraît plus tenable que de faire porter à un calcul une décision qui garde, pour une part, la forme d'un choix.

La note d'ensemble Le tour d'horizon des cinq façons de mesurer, et des précautions qui bornent ce qu'elles autorisent à dire, se lit dans Méthodes de comparaison.