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Dossier

Les écorégions

Publié le 14 août 2026 · 6 minutes de lecture

Redécouper la France par l'eau donne vingt-trois unités. Je les appelle d'abord des circonscriptions, parce que c'est l'entrée qui compte : une circonscription est un ressort de décision, l'échelle à laquelle une institution de l'eau pourrait s'organiser. Lues à travers l'eau et les milieux, ces mêmes vingt-trois unités se lisent aussi comme des écorégions, et ce second nom garde toute sa légitimité pour dire ce que la carte a de physique. Un seul objet, deux entrées, mais l'ordre importe : la circonscription est le mot de tête, l'écorégion la lecture écologique du même contour. Le mot d'écorégion circule d'ailleurs dans le débat public, dans les rapports comme dans les programmes, chacun y logeant une intuition souvent juste et un contenu rarement défini. Ce dossier le prend par un seul bout, celui qui me paraît le sien, l'eau. Il ne prétend pas trancher ce que le mot devrait vouloir dire. Il fait une chose plus modeste et, je crois, plus utile : il redécoupe pour de vrai la France par les milieux et le fil de l'eau, puis il regarde ce qu'une telle échelle permettrait de décider, et ce qu'elle laisserait hors de portée.

Une précaution commande tout le reste, parce qu'elle sépare ce dossier de ce qu'on lui prêterait trop vite. Cette échelle n'est pas ce que je propose, et elle n'apporte aucune légitimité. Ce que je défends, c'est une manière de décider ensemble de l'eau, une architecture d'assemblées bâtie du terrain vers le haut, qui tient sans aucune carte : elle se lit dans décider ensemble de l'eau, et c'est l'amont de ce dossier. L'institution est venue d'abord, l'échelle ensuite. La circonscription vient après, comme un laboratoire : elle sert à éprouver une échelle candidate en la traçant réellement, pas à imposer un contour. Une carte, aussi juste soit-elle, offre une échelle, rien de plus, et ne délivre aucune légitimité de décider. C'est de cette distinction que ce dossier tire sa cohérence, et c'est elle qui le relie au reste du carnet.

Ce que le dossier ajoute, pris d'ensemble

Chaque page ci-dessous se tient pour son compte, et le lecteur pressé peut n'en lire qu'une. Ce qu'aucune ne dit seule, c'est ce que l'ensemble fait : suivre une idée depuis le mot qui la nomme jusqu'au tracé qui l'éprouve, puis jusqu'aux outils qui l'ont produit. Le mot, l'utilité, la matière, les manques, la rencontre avec l'institution, enfin la méthode qui a tenu la main : ce parcours vaut plus que la somme de ses étapes, parce qu'il montre une exploration menée jusqu'au bout, ses résultats comme ses limites assumés à la même hauteur. Un commun ne se construit pas en cachant ses outils ; ce dossier tient à les montrer.

L'essai, une idée éprouvée en cinq temps

Le cœur du dossier est un essai, au sens plein du mot : je propose, j'éprouve, je ne prouve rien. Il avance en cinq temps, à lire dans l'ordre ou non.

Le premier interroge le mot lui-même. Deux termes voisins circulent quand un territoire se pense à partir de ce qui l'habite plutôt qu'à partir de ses frontières héritées, la biorégion et l'écorégion. Le biorégionalisme le plus ambitieux voudrait faire coïncider un seul contour naturel avec toute la vie d'un lieu, sa culture, son pouvoir, son identité, et c'est ce glissement que je refuse : je sépare le plan de la carte et le plan de la décision. Vient ensuite la question de l'utilité, une échelle pour quoi faire, puis celle de la matière, car je ne dessine pas la France de l'eau sur une page blanche mais je réordonne ce que l'eau, l'administration et la biogéographie ont déjà tracé. Le quatrième temps tient les angles morts jusqu'au bout, les nappes profondes qui ignorent les crêtes, les solidarités humaines qui ne suivent pas le fil de l'eau ; les reconnaître ne fragilise pas l'échelle, cela la situe, un découpage de plus, non le découpage de tout. Le cinquième est le seul où l'écorégion rencontre l'institution, comme hypothèse de grain pour une agence de l'eau refondée, piste à instruire et non thèse tranchée.

Ce tracé aboutit à vingt-trois circonscriptions, lisibles aussi comme vingt-trois écorégions, faute de meilleur mot pour cette lecture par les milieux. Ce nombre n'est pas une preuve écologique, c'est un choix assumé, un scénario d'échelle parmi d'autres, à côté du regroupement des départements ou des aires d'attraction des villes. Le résultat lui-même, sa robustesse et ses fragilités, se lit dans le découpage en vingt-trois mis à l'épreuve.

La méthode, l'arrière-boutique ouverte

Un découpage ne vaut que si l'on peut voir comment il a été fait. La chaîne de fabrication de ces cartes, les jeux de données mobilisés avec leur producteur, leur millésime et leur licence, les requêtes qui font le gros du travail spatial, et les précautions qui bornent ce qu'une comparaison de découpages permet de conclure, vivent aux côtés de l'essai. J'y tiens une règle simple et sans exception : aucun chiffre fabriqué, aucune valeur comblée par une estimation déguisée, et le piège du grain signalé plutôt que dissimulé, cette illusion de cohérence qu'un maillage plus fin fabrique à peu de frais. L'écorégion est le premier essai outillé de cette façon, et sa chaîne sert d'exemple de bout en bout.

La méthode, en détail Les coulisses, données, scripts, requêtes et méthodes de comparaison, se lisent dans l'Atelier, et le montage complet de ce découpage précis dans le versant technique de l'exemple écorégion.

Par où entrer

Ce dossier se lit dans n'importe quel ordre, selon ce qu'on cherche. Pour saisir d'abord la gêne dont tout part, ces contours administratifs qui répartissent l'argent et les compétences sans jamais suivre l'eau, la page pour entrer dans les explorations pose la question sans détour. Pour prendre l'essai par son commencement, le choix du mot en donne l'entrée logique. Pour aller droit au résultat et à ce qu'il tient ou non, la page du découpage en vingt-trois s'y attaque de front. Et pour voir comment ces cartes sont faites, l'Atelier ouvre l'arrière-boutique.

Reste le lien qui donne son sens à tout le reste. Ce dossier est un laboratoire, pas une fin. Ce qu'il éprouve, une échelle, ne vaut que rapporté à ce qui la précède et la dépasse, une manière de décider de l'eau qui donne un vrai pouvoir au niveau local et qui tient sans aucune carte. C'est là, dans décider ensemble de l'eau, que se joue l'essentiel, et c'est cette conviction, l'eau tenue comme un commun du vivant, qui fait tenir ensemble ce carnet et ce dossier. La carte vient après la décision, jamais à sa place.