Aller au contenu principal
Comprendre

Les zones climatiques de la France

6 minutes de lecture

La France hexagonale n'a pas un climat, elle en a plusieurs, et le nombre retenu dépend de la question posée. Un zonage climatique traduit toujours un choix de variables et un choix d'échelle. La coexistence de plusieurs découpages dans la littérature ne trahit aucun flottement des auteurs, elle reflète la pluralité des usages légitimes. Champeaux et Tamburini découpent la seule pluviométrie et obtiennent 51 zones fines [CL05]. Joly et ses collègues croisent 14 variables de température et de pluie et retiennent 8 types [CL08]. Köppen-Geiger, pensé pour le globe, en voit 2 ou 3 ici [EC01]. Aucun n'est faux. Chacun répond à une question différente.

Pour parler du climat de la France à un large public, la référence la plus lisible est celle que publie Météo-France, qui distingue 5 grands types rattachés chacun à une station repère : océanique, océanique altéré, semi-continental, de montagne et méditerranéen (Météo-France, « Le climat en France hexagonale et Corse », 22 septembre 2023).

Type Station repère Trait dominant
Océanique Brest Températures douces, pluies abondantes et étalées sur l'année
Océanique altéré Paris Transition vers l'intérieur, amplitude thermique croissante
Semi-continental Strasbourg Étés chauds, hivers marqués, gelées et neige en plaine
De montagne Grenoble Température décroissant vite avec l'altitude
Méditerranéen Marseille Hivers doux, étés chauds, ensoleillement fort, vents violents

Cette typologie corrige d'emblée l'idée d'une France à 2 climats. Le semi-continental alsacien n'a rien de la douceur bretonne, et la montagne fait catégorie à part. Une confusion mérite d'être levée au passage. Il arrive de lire que Météo-France distinguerait 8 climats. Les 8 types sont ceux de Joly et ses collègues, un travail de recherche qui exploite les données de l'établissement sans être sa classification officielle. Météo-France s'en tient à 5.

Le grain fin, la carte qui montre le carrefour

Pour rendre la nuance nationale, la meilleure entrée est la typologie de Joly et ses collègues, la plus discriminante des classifications disponibles à l'échelle communale. Elle repose sur 14 variables thermiques et pluviométriques mesurées sur 30 ans (1971-2000) et interpolées en continu, puis synthétisées par une analyse factorielle des correspondances suivie d'une classification hiérarchique. La carte qui en sort ne trace pas des frontières nettes, elle représente pour chaque type son espace de distribution probable, ce qui donne à voir les transitions [CL08].

C'est cette carte qui montre le mieux ce que les autres fondent. Un gradient d'ouest en est traverse le pays, de l'océanique franc de la façade atlantique au semi-continental de l'est, avec toute une gamme de nuances entre les deux. La montagne fait exception partout, avec ses régimes propres. La frange méditerranéenne se détache nettement, la plus sèche du territoire. Sur ce grain, la France se lit comme un carrefour de régimes, pas comme un bloc tempéré.

Un cycle unique Le régime climatique commande le régime de l'eau. La carte des types est déjà, en creux, une carte des étiages et des recharges, sur un seul et même cycle de l'eau.

Les traits constants, quelle que soit la méthode

Quelques traits traversent tous les zonages. Le tiers nord-ouest présente des régimes océaniques réguliers, avec beaucoup de jours de pluie et peu d'intensité par épisode. Le sud, et surtout le pourtour méditerranéen, se distingue par une sécheresse estivale marquée et des épisodes convectifs violents à l'automne. Les massifs, Alpes, Pyrénées, Massif central, Jura, Vosges, forment des entités à part dans chaque découpage, car leur blocage des masses d'air crée des gradients pluviométriques serrés sur de courtes distances. Le domaine aquitain passe de 600 mm dans la région toulousaine à plus de 1 500 mm sur le Pays basque. Le nord-est continental combine un régime d'automne et d'hiver prononcé et des étés secs.

En montagne, le premier facteur n'est plus la longitude mais l'altitude. La température décroît avec l'élévation, et avec elle la végétation et la durée d'enneigement, ce qui étage le versant du bas vers le haut, du planitiaire au nival. Cet étagement commande le régime des cours d'eau, car la neige stockée l'hiver diffère la crue au printemps et soutient l'étiage d'été. Une carte tirée du relief le donne à voir directement.

L'aridité relative dessine ce contraste d'un seul indicateur. L'indice de De Martonne [CL07], calculé sur les normales de WorldClim (1970-2000) [EC03], oppose nettement le pourtour méditerranéen, le plus aride du pays, aux massifs et au nord-ouest, les plus humides. Un seul indicateur suffit ainsi à situer le sud sec face au nord et à la montagne humides.

Köppen, la lecture grossière mais comparable

La classification internationale de Köppen-Geiger a été conçue pour distinguer la forêt tropicale du désert et de la toundra, à l'échelle du globe. Rapportés à un territoire tempéré et de taille modeste, ses seuils sont trop larges, et presque tout le pays tombe dans une seule case. Sur la période 1991-2020, la version à 1 km de Beck et ses collègues confirme la dominance du tempéré sans saison sèche à été chaud, codé Cfb, sur la majeure partie des plaines de basse altitude, réparties en une ou deux classes seulement [EC01]. Cette pauvreté est une propriété de l'outil, pas du climat français. Le détail de cette lecture est traité dans Le climat actuel - Beck et al et son choix justifié dans Pourquoi Köppen, et pas un autre.

Strohmenger et al., 2024, Comptes Rendus Géoscience, vol. 356, p. 69 [CL10] « Observed climate types computed with the SAFRAN reanalysis across France for the period 1976–2005 show a large proportion of land under a temperate climate, with 93% of France associated with a first level of the Köppen–Geiger classification in the category temperate (C), followed by 6.2% in the category cold (D), and 0.8% in the category polar (E) climate. [...] They are distributed among temperate climates without a dry season and warm summer (Cfb) for 85% of France. »

La France apparaît massivement océanique en moyenne. Cette moyenne cache les contrastes que seul le grain fin révèle, et c'est là tout l'intérêt de croiser Joly, l'aridité et Köppen plutôt que de s'en tenir à une seule lecture.

L'eau basse d'été, angle mort du climat moyen

Une carte des types climatiques photographie un état. L'eau à venir se décide ailleurs, dans le déplacement des régimes, et d'abord dans l'étiage, ce débit d'été le plus bas qui commande le poisson, la ripisylve et le captage d'aval. Les projections hydrologiques d'Explore2 chiffrent son recul : la quasi-totalité du pays est orientée à la baisse, l'évolution du débit d'étiage projeté allant, selon les régions, de près de -48 % à un peu plus de +10 % [GE08]. C'est l'aggravation de l'eau basse d'été, presque partout.

Un même degré de réchauffement ne produit pas le même effet partout. Le détail du climat projeté et de ce que ses migrations font aux régimes de l'eau est traité dans Le climat projeté - Strohmenger et al et dans Le climat futur et l'eau, les projections DRIAS et Explore2. La bonne échelle de lecture reste le bassin versant et le niveau de réchauffement, pas le chiffre national.

Ces classifications ne s'excluent pas, elles se superposent. La question utile n'est pas de savoir lequel de ces zonages est le bon, mais lequel sert le mieux telle application. Pour situer la France dans le monde et raisonner sur son climat futur, Köppen offre un cadre commun et des projections dans le temps. Pour rendre la nuance nationale, la lecture de Joly, l'aridité de De Martonne et les 5 types de Météo-France montrent qu'entre l'océanique breton, le semi-continental alsacien, la montagne alpine et le méditerranéen provençal, la France n'a jamais eu 2 climats. Köppen les fond, il ne les efface pas.