Reboiser n'est pas toujours rendre de l'eau, la leçon du plateau de Loess
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Des arbres retiennent la pluie, rafraîchissent l'air et font tomber l'eau plus loin. Il serait tentant d'en conclure que planter des forêts rend partout de l'eau aux rivières. Le plateau de Loess, en Chine, oblige à nuancer, car le même geste qui fixe le sol et stocke du carbone peut, dans une région où l'eau manque, assécher les cours d'eau au lieu de les soutenir. Ce contre-exemple mérite d'être versé au dossier, non pour disqualifier le reboisement, mais pour rappeler que son effet sur l'eau dépend du lieu.
Un immense chantier de revégétalisation
Le plateau de Loess couvre une vaste région semi-aride du nord de la Chine, longtemps marquée par une érosion spectaculaire, les sols limoneux partant en masse vers le fleuve Jaune à chaque pluie. Pour enrayer cette érosion, l'État chinois a lancé à partir de 1999 le programme « Grain for Green », qui convertit des terres cultivées en pente et des sols dégradés en couvert végétal, arbres, arbustes et herbes. L'opération est l'une des plus étendues de son genre au monde, et elle a bel et bien reverdi le plateau et réduit l'érosion.
Plus de végétation, plus d'évapotranspiration, moins d'eau à la rivière
Le mécanisme et son autre face Le mécanisme d'évapotranspiration est décrit à l'échelle locale dans Ce que la forêt fait à l'eau ; l'autre face, la forêt qui entretient la pluie, dans La forêt fait la pluie.
Ce reverdissement a eu un effet moins attendu sur l'eau. En analysant les bassins du plateau, Feng et ses collègues ont montré que la nouvelle végétation a fait croître à la fois la production de biomasse et l'évapotranspiration, et que cette hausse de l'évapotranspiration a entraîné une baisse significative de la part des précipitations qui rejoint les rivières [FO02]. La logique est celle décrite à l'échelle de la parcelle, poussée à sa conséquence régionale, des plantes plus nombreuses et plus actives consomment davantage d'eau verte, et il en reste moins pour l'eau bleue des cours d'eau et des nappes. Dans une région où la pluie est rare, ce prélèvement supplémentaire pèse.
Les auteurs vont jusqu'à chiffrer un seuil. Au-delà d'une production végétale de l'ordre de 400 grammes de carbone par mètre carré et par an, l'eau consommée par le couvert entre en concurrence directe avec les besoins humains, et la population du plateau s'expose à des pénuries [FO02]. La revégétalisation, poursuivie au-delà de ce point, ne rend plus service à l'eau, elle la dispute aux habitantes et aux habitants. Le titre même de l'étude le dit, la revégétalisation du plateau de Loess approche des limites de la ressource en eau.
Une leçon locale, non généralisable
Il ne s'agit pas de conclure que reboiser assèche. Le débat scientifique sur le plateau de Loess reste ouvert, et des travaux plus récents nuancent le diagnostic de Feng, en montrant que l'effet dépend finement du type de couvert, de la pluviométrie locale et de la manière dont l'eau de pluie est captée. La leçon à retenir est plus mesurée, l'effet d'un boisement sur l'eau n'est pas universel, il se joue au croisement du climat, du sol et des essences. Sous un climat humide et sur des sols profonds, planter des arbres favorise l'infiltration et soutient souvent les débits ; sous un climat sec et une eau déjà rare, le même boisement peut la raréfier encore.
C'est pourquoi les slogans qui font du reboisement une solution automatique à la crise de l'eau appellent la prudence. Les arbres rendent d'immenses services au cycle, mais lesquels, dans quelle mesure et à quel prix pour la rivière, cela se décide localement, à l'échelle du bassin versant, en regardant l'eau et pas seulement le carbone. Le plateau de Loess est utile précisément parce qu'il résiste à la généralisation.