L'inventaire forestier de l'IGN, compter et décrire la forêt
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Avant de découper la forêt en régions écologiques, l'État la mesure. Depuis les années 1960, la France entretient un inventaire forestier national, aujourd'hui confié à l'IGN, qui recense en continu l'étendue, la composition et l'état de santé de ses bois. Cet inventaire est moins connu que les cartes qu'il permet de dresser, alors qu'il en est le socle. C'est de lui que viennent les chiffres cités partout, 17,6 millions d'hectares de forêt, 1 tiers du territoire, une surface qui s'étend, et c'est sa méthode, statistique et permanente, qui donne à ces chiffres leur solidité.
Un inventaire permanent, statistique et annuel
L'inventaire forestier national n'est pas un comptage arbre par arbre, ce qui serait impossible à l'échelle du pays. C'est une enquête statistique par échantillonnage, reconduite chaque année sur des points tirés au sort et répartis sur tout le territoire hexagonal. 2 étapes s'enchaînent. D'abord, chaque année, une double photo-interprétation d'environ 100 000 points sur les photographies aériennes de l'IGN, qui sert à estimer les surfaces boisées et l'occupation du sol. Ensuite, une visite de terrain sur le sous-ensemble des points reconnus forestiers, où sont mesurés les arbres, relevée la flore, notés le sol, la topographie et l'état sanitaire. Les résultats publiés reposent sur le cumul de 5 campagnes annuelles, soit près de 30 000 points d'inventaire de terrain sur 5 ans [GE05].
Depuis 2016, une partie des placettes sont semi-permanentes, revisitées 5 ans après un premier passage, environ 7000 points par an, ce qui permet de suivre l'évolution réelle d'un même peuplement dans le temps, sa croissance, ses coupes, sa mortalité [GE05]. Parce que l'inventaire est un échantillon et non un recensement exhaustif, chaque résultat est publié avec son intervalle de confiance, un usage rigoureux trop rare dans les statistiques d'aménagement, qui dit franchement la précision de la mesure au lieu de la masquer derrière un chiffre net.
Le portrait chiffré de la forêt
De cette mécanique sort un portrait chiffré de la forêt française, mis à jour en continu. La forêt couvre aujourd'hui environ 17,6 millions d'hectares en France hexagonale et en Corse, soit près d'1 tiers du territoire, et cette surface s'étend depuis près de 2 siècles, au rythme récent de l'ordre de 90 000 hectares par an [GE06]. L'inventaire ne mesure pas que l'étendue, il documente aussi la composition en essences, le volume de bois sur pied, la diversité des peuplements et, de plus en plus, les signes de fragilisation, la mortalité des arbres ayant fortement augmenté sur la dernière décennie sous l'effet des sécheresses et des ravageurs [GE06]. C'est cette matière, homogène et actualisée, qui permet ensuite de décrire la forêt région par région.
Du comptage à la carte du milieu
Décrire la forêt suppose de la situer, et donc de disposer d'un cadre géographique. C'est le rôle des sylvoécorégions et des grandes régions écologiques, le zonage publié par l'IGN en 2011 [GE04], qui découpe le territoire forestier en unités homogènes du point de vue du climat, du sol, du relief et de la géologie. Ce découpage prolonge l'inventaire, il lui donne des cases écologiques cohérentes à l'intérieur desquelles publier et comparer les résultats, plutôt que de s'en tenir aux départements et aux régions administratives qui ne disent rien du milieu.
Le même geste pour les rivières Découper le territoire sur des critères de milieu existe aussi pour l'eau : c'est la typologie des hydro-écorégions, fondée sur la géologie, le relief et le climat.
Découper la France sur des critères écologiques plutôt qu'administratifs vaut pour la forêt comme pour les rivières, où la typologie des hydro-écorégions procède du même geste. L'important à retenir ici est que la description de la forêt repose sur 2 étages distincts, un inventaire qui mesure, puis un zonage qui situe, et que ces 2 étages, souvent confondus, répondent à 2 besoins différents.