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Comprendre

Histoire de l'aménagement de l'eau

1 minute de lecture

Deux siècles de gestes sur l'eau, des marais asséchés à la ville éponge

Histoire de l'aménagement de l'eau

Le rapport actuel à l'eau ne tombe pas du ciel. Il est le produit d'une longue série de gestes sur le territoire, assécher, endiguer, drainer, couvrir, canaliser, puis, depuis peu, ralentir et infiltrer. Cette frise en rassemble les jalons, de la conquête des marais à la ville qui réapprend à composer avec la pluie. Elle se lit comme un fil, une longue phase où l'eau est chassée du regard et évacuée au plus vite, puis un renversement lent, encore inachevé.

Chaque entrée est datée et sourcée. Le détail des logiques se lit dans les fiches de l'espace, notamment Deux siècles d'imperméabilisation, La ville qui a tourné le dos à l'eau et Le tournant, de la ville drainée à la ville sensible à l'eau. Le versant juridique et institutionnel, lui, est retracé à part dans l'histoire du droit de l'eau.

  • 22 août 2021

    La loi Climat et Résilience et le zéro artificialisation nette

    La loi Climat et Résilience et le zéro artificialisation nette

    La loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, dite Climat et Résilience, inscrit l'objectif de zéro artificialisation nette, réduire de moitié la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers sur la décennie 2021-2031, puis l'annuler à l'horizon 2050. L'artificialisation y est définie comme l'altération durable des fonctions écologiques du sol, dont ses fonctions hydriques. La loi nomme ainsi, pour la première fois avec cette force, ce que l'imperméabilisation détruit, la capacité d'un sol à absorber, filtrer et restituer l'eau. Nommer n'est pas encore faire, et la trajectoire, sans cesse rediscutée, se heurte aux mêmes inerties institutionnelles.

  • 2019-2024

    EPODES, une méthode française pour désimperméabiliser

    EPODES, une méthode française pour désimperméabiliser

    Le CEREMA formalise EPODES, une méthode pour repérer dans le tissu urbain les sols les plus imperméabilisés qui sont aussi les plus aptes à infiltrer, et donc à désimperméabiliser en priorité. La démarche croise deux critères simples, l'imperméabilité de la surface et l'infiltrabilité du sous-sol, et produit une carte de priorités à l'échelle d'une agglomération. Elle a été éprouvée sur plusieurs territoires entre 2019 et 2023, d'Angoulême à La Rochelle. Elle déplace la question, de l'ouvrage isolé vers le choix des lieux où agir.

  • 2014

    Le programme pilote ville éponge et ses premières limites

    Le programme pilote ville éponge et ses premières limites

    La Chine lance un programme pilote déployé dans des dizaines de villes [UR04]. Les premiers bilans tempèrent l'enthousiasme, 19 des 30 villes pilotes de la première vague connaissent de nouveau des inondations dès l'été 2016, quelques mois après leur labellisation. La crue de Zhengzhou du 20 juillet 2021, plus de 300 morts dans une ville engagée dans le programme, sert de révélateur. Un ouvrage d'infiltration a une capacité, et au-delà d'une certaine pluie il déborde comme n'importe quel réseau. Le retour d'expérience est analysé dans Le tournant, de la ville drainée à la ville sensible à l'eau.

  • 12 décembre 2013

    La ville éponge devient stratégie nationale en Chine

    La ville éponge devient stratégie nationale en Chine

    Le pouvoir chinois inscrit la ville éponge dans sa politique d'urbanisation [UR04]. Portée par l'architecte paysagiste Yu Kongjian, l'idée est celle d'une ville capable d'absorber, de stocker et de réutiliser l'eau de pluie au lieu de l'évacuer. La ville éponge n'invente pas grand-chose sur le plan technique, elle reprend l'arsenal du LID, du WSUD et des SUDS. Sa nouveauté tient à l'échelle et à la vitesse d'un déploiement porté par une décision politique centralisée.

  • 2003

    Le guide CERTU, repenser l'assainissement dans le cycle

    Le guide CERTU, repenser l'assainissement dans le cycle

    Le CERTU, centre d'études de l'État sur les réseaux et l'urbanisme, publie La ville et son assainissement [UR02], au sous-titre programmatique, des principes, des méthodes et des outils pour une meilleure intégration de l'assainissement dans le cycle de l'eau. Le guide acte, dans la doctrine officielle, qu'il ne suffit plus de penser en réseaux et en débits. Que ce message vienne d'un organisme de l'État montre que le tournant s'est aussi joué à l'intérieur de l'expertise publique.

  • 1997

    Les Sustainable Urban Drainage Systems, Écosse

    Les Sustainable Urban Drainage Systems, Écosse

    L'Écosse propose le terme Sustainable Urban Drainage Systems (SUDS), formalisé par les guides de l'organisme CIRIA à partir de 2000, jusqu'au manuel de référence de 2015 [UR08]. L'accent britannique porte sur la chaîne de gestion, une succession d'ouvrages qui traitent l'eau par étapes, de l'amont vers l'aval. La comparaison de ces courants est développée dans Sponge city, WSUD, SUDS, les mêmes idées sous d'autres noms.

  • 1994

    Le Water Sensitive Urban Design, Australie

    Le Water Sensitive Urban Design, Australie

    L'Australie publie à Perth les premières lignes directrices du Water Sensitive Urban Design (WSUD) [UR11]. Le terme, forgé au début des années 1990 dans un pays confronté à la rareté de l'eau, ne se limite pas aux ouvrages, il pense la ville entière autour de son cycle de l'eau, articulant eau potable, eaux usées, eaux pluviales et nappes. C'est de cette école qu'est issu le cadre des 6 âges de la ville face à l'eau.

  • à partir des années 1960

    Remembrement et drainage effacent les haies

    Remembrement et drainage effacent les haies

    À partir des années 1960, le remembrement réorganise le parcellaire pour agrandir les champs et mécaniser, faisant disparaître une large part des haies françaises. Le drainage systématique des terres humides accompagne ce mouvement. Or la haie freine le ruissellement, retient la terre et favorise l'infiltration. Sa disparition, ajoutée au drainage et à la battance des sols, transforme des bassins entiers en surfaces qui évacuent l'eau au lieu de la garder. Le détail est dans Assécher, endiguer, drainer, l'eau des champs.

  • 1990

    Le Low Impact Development, Maryland

    Le Low Impact Development, Maryland

    Le comté de Prince George, dans le Maryland, invente le Low Impact Development (LID), une approche qui multiplie les petits ouvrages distribués pour imiter le régime hydrologique d'avant l'urbanisation, plutôt qu'un gros bassin en aval [UR08]. Le premier manuel municipal paraît en 1998, décliné en manuel national en 2000. Le déplacement est net, traiter l'eau là où elle tombe.

  • 22 juin 1977

    L'instruction technique de 1977 fait entrer le stockage

    L'instruction technique de 1977 fait entrer le stockage

    L'instruction technique du 22 juin 1977, issue d'un groupe de travail présidé par l'ingénieur général Loriferne, actualise pour toute la France les règles de calcul des réseaux, débits de pointe, périodes de retour, sections de tuyaux. Fait notable, elle consacre déjà un chapitre au calcul des bassins de rétention, admettant qu'il est possible de stocker l'eau sur place plutôt que de tout évacuer. Le principe du stockage entre ainsi dans la doctrine officielle bien avant le tournant des années 1990.

  • années 1970

    Les Best Management Practices, États-Unis

    Les Best Management Practices, États-Unis

    Les États-Unis formalisent les Best Management Practices (BMP), d'abord tournées vers la qualité des rejets, puis élargies à la gestion du ruissellement [UR08]. Le terme reste large et technique, sans dimension urbaine ni paysagère marquée. C'est la première des étiquettes sous lesquelles plusieurs pays réinventeront, chacun à sa manière, la même idée, gérer la pluie à la source plutôt que la chasser.

  • 22 février 1949

    La circulaire Caquot, première méthode nationale de calcul

    La circulaire Caquot, première méthode nationale de calcul

    La circulaire interministérielle n° 1333 du 22 février 1949, dite circulaire Caquot, codifie les règles de calcul des réseaux d'assainissement français. Elle s'appuie sur la formule Caquot, établie à partir des pluies de la station Paris-Montsouris analysées par Grisollet. L'eau de pluie y est traitée comme un débit à évacuer, et non comme un maillon du cycle à préserver.

  • 1852-1870

    Les égouts de Paris sous Belgrand, le réseau unitaire

    Les égouts de Paris sous Belgrand, le réseau unitaire

    Sous le Second Empire, l'ingénieur Eugène Belgrand construit à Paris, sous l'impulsion du préfet Haussmann, un vaste réseau d'égouts, plusieurs centaines de kilomètres de galeries entre 1852 et 1870. Le réseau est unitaire, eaux usées et eaux de pluie circulent ensemble, et les rejets sont reportés en aval. Révolution sanitaire réelle pour les eaux usées, ce modèle fixe pour un siècle le principe de l'évacuation rapide, et voue la pluie à ressortir polluée par le circuit qui lui est imposé. Le récit complet est dans La ville qui a tourné le dos à l'eau.

  • 1842

    Le rapport Chadwick, séparer l'eau des lieux de vie

    Le rapport Chadwick, séparer l'eau des lieux de vie

    Le rapport d'Edwin Chadwick sur la condition sanitaire de la population ouvrière britannique établit un lien entre insalubrité et mortalité et recommande de séparer les eaux usées des lieux de vie [HY03]. Il inspire durablement l'aménagement hygiéniste des villes européennes. Le principe retenu, évacuer l'eau le plus vite possible, s'étendra bien au-delà des eaux usées, jusqu'à la pluie qui n'a jamais rendu personne malade.

  • vers 1820

    Le macadam, la première peau imperméable de la ville

    Le macadam, la première peau imperméable de la ville

    L'ingénieur écossais John Loudon McAdam met au point une chaussée de pierres concassées et compactées, bombée pour rejeter l'eau sur les côtés, mise en pratique dès 1815 sur les routes de Bristol et adoptée par les autorités au début des années 1820. C'est la première peau imperméable posée systématiquement sur la ville. L'eau qui, hier, s'infiltrait là où elle tombait doit désormais être conduite ailleurs.

  • avant le 19e siècle et tout au long

    La conquête des marais et l'endiguement des fleuves

    La conquête des marais et l'endiguement des fleuves

    Pendant des siècles, les marais et les zones humides passent pour des terres perdues, à assécher au nom du progrès. Les fleuves sont redressés, endigués, chenalisés pour gagner des terres et faciliter la navigation. Ces travaux, engagés bien avant l'ère industrielle et poursuivis méthodiquement ensuite, effacent des milieux qui stockaient l'eau, écrêtaient les crues et soutenaient les rivières à l'étiage. En cherchant à maîtriser l'eau, ils ont souvent transféré le risque vers l'aval. Le détail figure dans Assécher, endiguer, drainer, l'eau des champs.